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J´AI MENTI

Virginie Madeira  (Auteur),‎ Brigitte Vital-Durand  (Auteur)
Elle est absente à son histoire comme elle avait autrefois été absente au procès de son père : dans un livre-témoignage, Virginie Madeira, qui a aujourd’hui 21 ans, raconte sans la moindre trace de colère ou même d’émotion comment elle a menti, à 14 ans, en accusant son père de l’avoir violée pendant plusieurs années. Le ton est froid, les phrases lapidaires : “Je savais que mon père était en prison mais je ne le savais pas. Je n’arrivais pas à l’imaginer. C’est compliqué à comprendre mais je n’arrivais pas à me rendre compte que mon père était en prison ; pour moi, on ne met pas les gens en prison s’ils n’ont rien fait.” 
Un jour du printemps 1999, pour que son amie Mélanie “s’intéresse à elle”, Virginie Madeira lui raconte sous le sceau du secret que son père a “abusé” d’elle. “…
Il faudra plusieurs années pour que Virginie Madeira se décide à avouer son mensonge. Un jour d’été, en 2002, un an après la condamnation de son père, elle s’assoit sur le lit de sa mère qui se repose. “Tu sais, ce n’est pas vrai tout ça, lui dit-elle simplement. – Oui, je l’ai toujours su… Je suis contente que tu aies le courage de m’en parler, répond sa mère. – Je crois qu’il faut faire sortir papa”, conclut Virginie Madeira…
Ce livre laisse une étrange impression d’absence, de carence, de silence. Jamais Virginie Madeira ne trouve le moindre fil qui lui permettrait de comprendre ces longues années d’indifférence au sort de son père et au monde qui l’entoure… (Anne Chemin – Le Monde du 21 septembre 2006)
Virginie Madeira avait 14 ans quand elle a raconté à l’une de ses copines de classe que son père avait «abusé» d’elle, comme on disait dans les feuilletons américains qu’elle regardait goulûment à la télévision. Aujourd’hui, sept ans plus tard, elle publie un livre – coécrit avec la journaliste Brigitte Vital-Durand – pour crier publiquement : J’ai menti (Stock). Mensonge, son enfance déchirée depuis l’âge de 6 ans par les mains paternelles. Mensonges, les caresses et les viols pendant que la mère travaillait ou dormait. Mensonges, les «déclarations» extirpées de sa bouche immature par la directrice du collège, les enquêteurs et le juge d’instruction. Mensonges, les accusations confirmées devant la cour d’assises. Et lui, le père, qui vient de passer plus de six ans en prison et reste privé de ses droits civils, attend que la justice lui rende son honneur. Encore stupéfait de ce qui lui est arrivé, Antonio Madeira répète et répète encore : «Ma fille n’était qu’une gamine. Avant de croire les enfants, il faut mener des recherches approfondies.» Sa femme le coupe : «Ils ont cru bien faire.» Il s’incline devant l’évidence : «Ils ont cru bien faire.»…
Elle explique maintenant que, du début à la fin de cette histoire, ado placide, elle était totalement passive, dans un état second, «une sorte de bulle, comme dans un film». Tout le monde à l’époque lui dit que son histoire est vraie, même les experts, qui ont décelé un hymen endommagé. Elle reviendra au réel en retrouvant enfin sa maison, le 25 juin 2002. Au début de l’été, elle va voir sa mère dans sa chambre : «Tu sais, ce n’est pas vrai, tout ça.» La mère évoque les examens gynéco : «Il y a eu quelqu’un ?» Virginie dit que non, elle ne comprend pas. «Il faut faire sortir papa.»…
Question d’honneur. Pour le reste, les quelques amis, la maison de 300 mètres carrés, l’entreprise, la réputation, «on a tout perdu», soupire Antonio Madeira. Mince et sec, il secoue le front. Encore une fois, les mots lui manquent. Sa femme prend le relais : «Tu te souviens, tu citais ce proverbe portugais. La vérité, c’est comme l’huile qu’on jette dans l’eau, elle finit toujours par remonter.» Ils n’en veulent pas à leur fille : «Elle était si jeune, dit sa mère. On a juste du chagrin.» La nuit est tombée. Une fois de plus, sa mère supplie : «On t’a travaillée pour que tu ne changes pas d’avis ou tu as perdu la tête ?» Virginie dit qu’elle ne sait pas. Sa mère pleure : «Elle ne sait pas, elle ne sait pas !» La fille la regarde avec tendresse. Son livre explique que la justice ne doit pas se laisser aveugler par les certitudes. (Jacqueline Remy – L’Express du 21 septembre 2006) –Ce texte fait référence à l’éditionBroché.

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