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L’EUROPE AU COEUR

En ce jour de grande émotion où la patrie reconnaissante fait entrer Simone Veil, née Jacob au Panthéon, aux côtés de son époux Antoine, tous ses combats politiques se rappellent à nous avec force et nous obligent. Tous ces combats politiques nous obligent, en tout particulier, celui en faveur d’une Europe de la paix et de la solidarité, d’abord un idéal devenu une réalité âgée de plus de 70 ans désormais et qui a garanti aux siens et à tant d’autres du monde, la chance de naître libres et égaux en droits et de vivre en paix.

C’est sous un soleil entier et imprescriptible comme sa judéité que sa voix grave et déterminée se rapproche de tous, Place des Grands Hommes, pour entrer dans nos consciences et nous dire, en quelques phrases, ici et maintenant, ce que sa vie fut, au nom d’un humanisme dont l’Europe et ses chefs d’États feraient bien de s’inspirer.

Il a fallu le geste d’accueil du socialiste Pedro Sánchez, en donnant l’autorisation à l’Aquarius d’amarrer à Valence pour sauver l’honneur et la grandeur de l’idée d’Europe. L’Italie de Salvini renoue avec ses démons fascistes, en montrant du doigt sans états d’âmes le nouveau cimetière bleu à la mode : la méditerranée. Aussi, les cartes géographiques l’indiquent : la côte française de la REM est plus éloignée d’eux que l’Espagne et, en conséquence, à chacun son triste ou mauvais sort…

L’Europe de Simone Veil, qui fut la 1ère femme à présider le Parlement européen, le plus haut lieu de la démocratie européenne, celui des députés élus par les peuples d’Europe afin de continuer à protéger les siens de la guerre et de nombreux autres enfers, autant que de s’occuper de ses semblables dans le monde entier, n’a jamais été autant menacée que ces derniers jours.

Ainsi, le choix d’installer des camps fermés sur les sols des États qui sont quittés, fuyant l’absence de liberté et l’impossibilité de vivre une vie digne, entre autres raisons valables, le choix de fermer les frontières que tant de vies sacrifiées ont aboli par le passé, au nom des plus grands principes politiques, dénonce une Europe qui perd ses nerfs, son courage, pire l’Europe perd son âme. Ce ne sont pas seulement les textes humanistes fondamentaux qui ont nourri notre civilisation, autant que les rêves les plus grands de notre commune humanité, qui s’abîment et meurent en mer, avec ces vies humaines, mais l’avenir européen même que nous avons en encore commun. Sans ce destin commun, point de bonheur.

Les extrêmes-droites ne caressent pas le pouvoir, elles l’ont pris en gagnant par la peur plusieurs peuples d’Europe. La Hongrie d’Orban s’apprête à ficher ses Roms, peut-être les emprisonner et l’Europe continuent d’abonder en subventions. Point de sanctions ? Certains résistent, les Ibères, le Portugal et l’Espagne, par exemple, dont le premier appelle, lui, avec un sourire atlantique immense, à l’émigration vers cette terre hémorragique d’immigration jadis naguère malgré son fado de combat « Pois vou mexer no destino/ vou mudar-te a sorte » [1]. Pour combien de temps puisque ceux qui gagnent des élections les gagnent en flattant les réflexes populistes et xénophobes ? « D’abord moi, puis toi on verra ». « Nous, quel nous ? »

A force de consensus mou, au Parlement européen et dans d’autres instances décisionnaires majoritairement conservatrices et libérales comme le Conseil européen, qui préfèrent s’occuper du diamètre des cotons-tiges que de la question des inégalités et de la justice sociale – et nous savons l’excuse officielle car ces pouvoirs sont régaliens et se trouvent sous la tutelle exclusives des souverainetés nationales qui œuvrent séparément selon leur calendrier électoral distinct, en pensant gagner les têtes, sans dispute politique au sein de la cité. Quel leurre ! Malheureusement, l’Europe de Simone Veil peut mourir avec elle. Les grands pas doivent écraser les petits et avancer autrement plus efficacement pour répondre aux enjeux de ce XXIème siècle qui commence sous les pires augures.

Aujourd’hui, comme d’autres concitoyens français, européens, je pense à Simone Veil, à tous les siens, à plus de six millions de juifs et tous les autres, tombés aux mains des fous nazis. Je pense à nos pères qui ont fui des dictatures fascistes et la misère dans laquelle leurs vies étaient enfermées, qui ont traversé des frontières barbelées, qui ont essuyé des tirs manqués à ces mêmes frontières, depuis effacées, jetés dans des camions à bétails, quand ils n’avaient pas la chance de prendre le train et « monter à Paris » vers Austerlitz, pour se cacher dans des logements de fortune, comme des sales baraques plantées en zone boueuse aux abords de villes très hostiles à leur espoir… Près de 50 ans plus tard, alors âgé de 15 ans en ce qui concerne le mien, l’Europe avait promis la liberté et une vie meilleure – les résistants l’annonçaient sur les ondes clandestines là-bas. Sa force de travail a serré la main à la République qui avait besoin de lui en le laissant être l’européen qu’il était avant de partir. Soyons européens comme ces hommes et  ces femmes qui n’ont pas eu peur !

La voix de Simone Veil nous oblige au courage, celui de contribuer au beau dessein de l’Europe, celui de la fraternité, lorsqu’elle aura rassemblé toutes ses forces contre les fous pour un « nous, peuples d’Europe ».

C’est ce qu’elle nous dit quand elle écrit, l’Europe au cœur :

« Venus de tous les continents, croyants et non-croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes » [2]

A nous donc de tenir l’Europe au cœur, dans le nôtre, dans celui de plus de cinq cents millions d’Européens, à défaut de laisser place à toutes les défaites possibles, celles de la pensée et celles du combat politique. « La démocratie est bel et bien une question de vie et de mort [3].

NDO

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[1] « Car je vais secouer le destin/ je vais transformer ta chance ». Parole du fado Os Búzios. Ana Moura

[2] Simone Veil. In Une vie.

[3] Manuel Alegre


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